39SA+2

Vendredi.

Voilà 24h que j’ai des douleurs de règles, je m’écoute, je m’observe, je patiente.

Hier matin j’ai entrepris la rénovation de mon plan de travail. Poncer. Première couche d’huile. Attendre.

Cet après-midi j’ai rendez-vous avec la sage-femme de la grosse maternité. Celle qui se trouve dans l’hôpital où je travaille, celle où j’accoucherai puisque le projet d’accouchement en maison de naissance a été remis en cause après mon diabète gestationnel.

Je suis pressée de la rencontrer mais j’aime tellement ces petits coups de pieds, là, à gauche, juste en dessous de les côtes.

Je passe une deuxième couche d’huile sur le plan de travail.

La consultation est rapide.

Col à un doigt, cela peut être aujourd’hui comme dans 2 semaines.

La sage-femme est inquiète que mon ventre soit petit, elle a peur que la petite soit trop petite.

C’est un peu un sketch le poids du bébé pour cette grossesse, chaque fois que je vois une sage-femme on fait une échographie car mon ventre est trop petit. Chaque fois l’échographie répond que mon bébé est trop gros.

Je sais que la réalité est probablement pile au milieu. Un bébé normal.

Elle insiste.

J’appelle une collègue qui me rajoute en rigolant sur sa liste de patiente d’échographie du lundi matin.

Je vais faire un coucou dans mon service ou tout le monde est surpris de ma forme olympique si près du but.

Yoga pré-natal. La semaine dernière ma copine de yoga a perdu les eaux pendant la séance alors je demande à la prof en rigolant si elle peut me marabouter moi pour cette fois.

Je rentre chez nous, il est 18h, les douleurs de règle reprennent.

Blaise rentre du travail, je lui parle de ces douleurs mais je ne sais pas si c’est pour aujourd’hui ou dans 3 jours, en tout cas pas de doute, mon corps se prépare.

Il part au sport comme chaque vendredi.

Seule je trouve que les sensations s’accentuent et je fini petit à petit par me dire que C’est peut être pour ce soir.

Je commande des gros burger (la nuit sera peut être longue), je compléterai avec du brocoli. Pour les glycémies.

Je ne tiens pas en place.

Un peu euphorique je prend quelques photographies de mon ventre, de ce nombril qui disparaît.

J’attend qu’il rentre. Je lui dis que c’est pour ce soir.

Je mange en marchant, la douleur s’intensifie et je la gère mieux debout, en mouvement.

Il a l’air inquiet de ne pas savoir comment m’aider. Je suis euphorique d’enfin rencontrer ce bébé si désiré.

La douleur pendant les contractions est vraiment très intense. Comment savoir si j’attend trop ou pas assez ? Ça commence être difficilement gérable.

Toutes les 3minutes, pendant 30 secondes. Entre, tout va bien et je me dis que je vais tenir. Pendant c’est la douleur la plus fulgurante que je n’ai jamais connu.

Je respire et je me répète que tout va bien, que ce n’est pas une douleur qui signifie un problème mais un phénomène normal, physiologique du à un changement corporel brusque.

23h30 je me dis que si ça s’intensifie encore je vais avoir du mal à être déplacée. On commande un taxi.

Je prend un sac poubelle sous les fesses au cas où.

4 contractions plus tard nous arrivons à la maternité.

Je dois répondre à des questions à l’accueil, cela me semble à mille lieux de ce que mon corps est entrain de vivre.

Commence l’attente.

Une bonne heure à arpenter le couloir d’attente en long et en large. Je ne supporte pas d’etre statique. J’ai si mal. Ça empire.

Je suis tellement choquée par la violence de cette situation, moi enceinte et sur le point d’accoucher faisant les cent pas devant d’autre femmes, parmi-elles il y a sûrement des fausses couches, des menaces d’accouchement prématurés. Elles doivent me haïr de passer et repasser comme ça devant elle.

J’ai tellement mal.

Ce temps semble infini.

Samedi 00:30 une sage-femme vient me chercher.

Je me retrouve brancher à un monito pour 20minutes.

Je négocie pour être debout mais plus moyen de marcher pour me soulager.

J’ai tellement mal. Je comprend que cette douleur va devenir ma notion de 10/10.

J’informe la sage-femme que mon projet initial était un accouchement sans péridurale.

Elle m’examine, je me dis que si je suis à moins de 4 je demanderai la péridurale, je sais que je ne supporterai pas cette douleur indéfiniment.

Col effacé dilaté à 2.

L’unique salle de travail avec baignoire est occupée.

Je craque et demande la péridurale. On m’amène en salle d’accouchement.

Je me retrouve une fois de plus branchée à un monitoring et perfusée.

Sanglée à ces machines je ne suis pas capable de prendre les positions apprise, je subis la douleur en me convaincant que chaque contraction me rapproche de la fin.

L’anesthésiste est occupé, il va arriver.

Bordel qu’est ce qu’il fait ? Pourquoi on n’a pas attendu qu’il soit libre pour m’enchaîner comme ça?

1h30 l’anesthésiste arrive.

Je fais le dos rond.

Je le laisse parler. Je ne lui dis pas que je suis médecin et que ce n’est pas la peine de m’expliquer le geste. Je n’ai pas le force de discuter toute mon énergie pars dans ma gestion de la douleur.

Une contraction au moment de la piqûre.

Prendre sur soit, ne surtout pas bouger.

On me couche à plat, on me dit qu’elle sera efficace dans 5minutes et de ne surtout pas bouger.

Maintenant que je suis couchée c’est pire, bien pire. Souffler, ne pas oublier de respirer.

20min plus tard.

Bordel de merde c’est quand que je serai soulagée ?

L’infirmière anesthésiste revient. Remet une dose.

Au bout d’un temps qui semble infiniment long je commence à être soulagée.

On m’examine. 4.

On souffle.

Mes yeux ne quittent pas le monito. Je surveille qu’elle aille bien.

Blaise dort un peu.

4h. Elle décélère. Son cœur ralenti pendant les contractions.

Je réveille Blaise. Je sonne.

On l’observe décélérer pendant 30min.

Elle récupère vite mais on aime pas trop ça.

La sage-femme rompt la poche des eaux pour accélérer le travail. Rien ne coule, sa tête est si basse qu’elle fait bouchon.

6h je suis à dilatation complète.

Je ne sens plus du tout mes jambes. La péridurale est mal placée, elle est basse et plusieurs fois on a du rajouter des médicaments, pour me permettre d’être soulagée des contractions une grosse dose est nécessaire ce qui anesthesie totalement mes jambes et mon périnée.

La moitié basse de mon corps ne m’appartient plus.

Je suis assise sur des fesses étrangère.

On porte mes jambes pour me mettre sur le côté afin d’essayer de la faire tourner.

Elle met des heures à descendre.

8h changement d’équipe. On est triste de voir partir notre sage-femme, elle était douce et compréhensive.

Elle arrive pour me présenter celle qui prendra son relai, je la connais et l’apprécie.

9h : poussez un peu pour voir ? Je ne sens rien mais je priori je pousse bien.

On s’installe.

9h30 début de la poussée.

Je donne tout ce que j’ai.

Je pousse, je pousse

“Elle remonte, si elle ne se coince pas plus bas on sera obligé de passer par des ventouses”

Je donne tout ce que j’ai.

Blaise me dira plus tard que je passais pendant la poussée du rouge au violet puis au bleu. Qu’il n’avait jamais vu ça. Qu’il était impuissant. Il m’encourage et surveille le monitoring.

Je veux la sortir cette petite, je veux qu’elle soit enfin contre nous.

Elle fini par arrêter de faire le Yoyo.

Je peux sentir sa tête avec ma main, elle est la, elle pousse contre mon périnée qui est tendu comme une corde.

La sage femme nous coupe et nous donne une mèche de cheveu. Elle est brune.

“Ca fait 1h que l’on pousse, on ne peut plus attendre, si elle ne sors pas à cette contractions je vais devoir faire une episio pour accélérer les choses”

Puiser dans les dernières réserves. Pousser comme si la vie en dépendait. La sienne en dépend un peu rellement.

10h36 “C’est bon elle est là !! STOP!!! Elle a le cordon autour du cou”

Le cordon est coupé et on le pose notre petit bébé sur le ventre.

Pas un bruit. Son corps est mou et visqueux. Je la frotte. Je panique.

En 2 secondes la sage-femme part avec. On n’entend rien.

Blaise pleure et regarde sa montre.

Le temps est infini. Je suis comme gelée. Incapable de penser.

10 minutes les plus longues de notre vie.

L’infirmière : “Je vais faire un PH au cordon pour voir si il y a eu une souffrance

fœtale”

Je préférerais ne pas savoir.

La sage femme revient avec notre petite criant a plein poumon. Les miens se remplissent enfin. Blaise pleure. L’émotion est trop forte pour que je sorte quoi que ce soit.

Te voilà. Enfin. On est une famille.

Ève

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38 SA demain

La valise est bouclée.

Je voudrais que le temps s’arrête pour ne jamais oublier tes petits coups de pieds sur le côté.

Je me sens particulièrement bien.

Bon, je ne dors pas de manière continue, j’ai des moments de fatigue et des douleurs articulaires importantes dans les mains la nuit mais je gambade à travers Paris au grés des expositions, je passe des heures à lire et le reste du temps à rêver de comment ce sera quand tu seras avec nous.

Est ce que je suis impatiente ?

Je suis doucement excitée de te rencontrer et je guette chaque signe dans mon corps qui pourrait signifier un début de travail mais je savoure chaque jour de plus passé avec toi au creux de moi.

Il y a quelque chose d’assez égoïste dans ce sentiment, je t’ai pour l’instant uniquement avec moi, je suis la seule à ressentir ta présence qui m’accompagne en permanence et bientôt nous serons de fait séparées et je devrais te partager avec toute une famille qui s’impatiente de te voir arriver.

Mon sentiment par rapport à l’accouchement est tout aussi ambivalent, je suis pressée de vivre ce moment que je me suis souvent imaginé, si déterminant, ce côté animal et magique à la fois, de donner la vie. Et pourtant j’ai une appréhension, pas tant au sujet de la douleur (devrais-je?) mais que les choses ne se passent pas comme je le pense, que je me sente blessée dans ma chair ou dépossédée de ce moment, que nous soyons à un moment en danger l’une ou l’autre, que nous soyons séparées.

Alors prend ton temps, vient quand tu l’auras décidé, nous t’attendons avec douceur, et promis, on fera du mieux qu’on pourra.

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Quelques nouvelles (35SA+6)

Je vous avais quitté fin décembre, après mon diagnostic de diabète gestationnel.

Les débuts ont été durs, des congés de fin d’année en famille à se priver avec malgré tout des glycémies au plafond et un terrible sentiment de culpabilité.

Je suis passée à 2 doigts de l’insuline mais au dernier moment j’ai découvert que lorsque je mangeais du brocoli (j’ai pu étendre récemment a choux de Bruxelles et endives) mes glycémies se régulaient et voilà donc plus de 2 mois que ces légumes sont la base de mon alimentation midi et soir. Je continue mais 6 contrôle glycémique par jour mais ils sont désormais espacés à un jour sur trois.

J’avoue que la gourmande que je suis vis mal la frustration du régime et de l’absence presque totale de dessert, viennoiserie ou même yahourt aux fruits mais je tiens le coup pour ma petite, à chaque frustration je me dis que je le fais pour elle (je ne suis pas sure que je tiendrais si c’était pour moi) et jusque là je tiens !

Aujourd hui nous avons eu la derniere échographie, nous serons demain à 36SA, le spectre de la prématurité se dissipe et mes angoisses aussi. Elle est retournée dans les normes de poids, probablement grâce au régime, même si ça reste un “beau bébé” comme on dit 🙂

J’ai commencé mon congé maternité depuis hier avec un sentiment de culpabilité, je suis physiquement bien, même si je ne dis pas non à une sieste journalière et que je vais aux toilettes toutes les 30min pour rien, et je n’ai vraiment pas l’habitude de m’arrêter de travailler comme ça, sans être en vacances.

Mais ce n’est pas plus mal, je vais prendre le temps de lire et de préparer sa venue (il faut vraiment que je me mette à faire cette valise de maternité…) et je profite du soleil qui est de retour 🙂

Bref la vie est belle et je profite de chaque moment tout en étant un peu pressée de rencontrer notre petite si désirée (et de pouvoir remanger tout ce qui me donne envie).

Je penses énormément à vous, à celles qui sont dans l’attente, celles qui sont dans le combat et celles qui se reconstruisent après un parcours difficile qu’il ai abouti ou non.

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Le retour des piqûres

On me l’aurait dit il y a quelques mois je n’y aurais pas cru.

La pause aura été de courte durée.

Lors de l’échographie du deuxième trimestre notre petite est en forme et un petit peu dodue mais reste dans la moyenne, 82eme percentile. Je m’étais attendue à faire des petits bébé, probablement parce que Blaise et moi sommes plutôt mince et que mon IMC a 18.5 ne me prédisposait pas à faire une petite dodue.

Aucun facteur de risque de diabète, j’ai pris 5 kilo en 6 mois ce qui reste tout à fait normal, je passe donc à côté du test d’hyperglycémie provoqué.

La semaine dernière je décide tout de meme de faire faire une échographie par la papesse du diagnostic antenatal avec qui je travaille. J’ai longuement hésité mais je me suis dis que si jamais on passait à côté de quelque chose je m’en voudrais trop de ne pas lui avoir montré mon bébé.

Tout va bien au niveau morphologie mais la petite continue à grossir et passe maintenant la barre du 90eme percentile. La barre de la macrosomie.

Ma sage-femme de la maison de naissance continue à me dire que ce n’est pas la peine de faire le dépistage mais n’écoutant que moi (je suis une patiente horrible ) je le fais contre son avis.

Et me voilà le 21 décembre avec un diagnostique de diabète gestationnel.

C’est un peu le grand chamboulement, rien de grave bien sur, les risque sont essentiellement ceux d’un accouchement avec un gros bébé mais on sort de la physiologie et mon projet d’accouchement « nature » en maison de naissance est remis en cause.

La sage-femme ne me répond pas trop, je dois bientôt partir en vacances pour les fêtes de fin d’année et je décide donc de m’inscrire dans la grande maternité de l’hopital dans lequel je travaille.

Me voilà donc inscrite dans une maternité de niveau 3.

Apprendre un diabète gestationnel la veille de Noël ou presque, lorsque l’on part pour 1 semaine dans la belle-famille ce n’est pas franchement drôle. J’ai abandonné mon calendrier de l’avant, refusé toute pâtisserie et sucrerie et je me

prépare à lutter pour respecter ce régime dans une famille très gourmande. Je dois manger plus de légume et les yahourt sans sucre sont un peu fade… mais bon tout est fait pour que ma petite aille bien et c’est le plus important.

J’ai souvent faim et j’ai peur de perdre du poids.

Mon IMC de 18.5 est celui d’une gourmande, j’ai toujours eu une bonne fourchette et je ne me suis jamais limité.

J’ai reçu un test d’auto-surveillance de la glycémie et je me pique 6 fois par jour pour surveiller si avec le régime la glycémie reste dans les normes. C’est le cas à priori si je ne fais aucun écart, si je mange rien entre les repas, si j’évite tous les sucres rapides.

J’ai faim.

J’ai faim mais je suis prête à tout pour qu’elle aille bien.

Quoi qu’il en soit en ce jour de Noël je penses énormément à vous qui êtes encore sur le quai et je me dis que j’ai une chance folle de me piquer les doigts 6 fois par jour et d’avoir faim tout en sentant une petite dodue qui gigote dans mon ventre.

Je vous souhaite à tous de merveilleuses fêtes de famille et que vos vœux soit exaucés pour cette année 2019

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24 SA + 2

L’échographie T2 était il y a 2 semaines déjà, peu de temps avant mon anniversaire.

Je suis arrivée la peur au ventre, décidément je n’arrive pas à vivre cette grossesse avec le détachement et le plaisir que je vois souvent sur le visage de mes patientes.

L’échographie n’était pas pour moi un petit coucou à mon bébé mais bien un Check up où tout pouvait basculer.

Heureusement j’ai une grande confiance en l’échographiste chez qui nous sommes allés. Elle nous a pris à 19h30 afin que Blaise puise être présent, le cabinet était calme, nous avons pris le temps.

La petite (car oui c’est une petite fille ! ) a été vue sous tous les angles et tout ce que l’on peut voir à ce terme semble en place. Elle est même un peu dodue, au 82eme percentile, ce qui reste tout à fait normal mais qui m’a surpris, je ne sais pas pourquoi, sûrement vu mon poids de naissance de crevette et le fait que Blaise et moi sommes plutôt très minces, j’étais sure que je ferai des petits bébés.

La vie continue à l’hôpital avec son lot de cas passionnant et de mauvaises nouvelles à apprendre. Je tiens le coup, je me blinde mais au dernier rendez-vous avec la sage-femme j’ai fondu en larme, lâché les barrages de l’angoisse et j’ai réalisé à quel point voir toutes ces grossesses mais aussi ces prématurés ou ces petits qui ont eu des accidents d’accouchement leur laissant des séquelles à vie ronge mon blindage quotidien.

Elle m’a écouté, à discuté avec moi de cette gestion si difficile entre vie personnelle et vie soignante lorsque les deux se mélangent et cela m’a fait beaucoup de bien. Je suis soulagée de lui avoir montré ma réelle face, mes failles, et pas celle forte et à toute épreuve que je dois montrer devant les patients. C’est elle qui va m’accoucher, et j’ai l’impression que cette discussion en pleur, bien qu’éprouvante, m’a permis de rentrer dans une relation d’intimité avec elle. De m’être livrée. Je trouve ça rassurant qu’elle connaisse mes angoisses qui referont probablement surface le jour J.

Le travail est très prenant et je fais parfois des journées de 12h sans pause, mangeant en travaillant à toute vitesse.

Jeudi après-midi j’ai commencé à avoir des contractions plus fréquente que d’habitude. Je n’ai au début pas trop écouté mon corps, après tout il est normal d’avoir des contractions non douloureuse puis j’étais concentrée.

Petit à petit elles se sont accélérées et le soir elles étaient espacées de 3 à 10 minutes. N’arrivant pas à dormir, angoissée par les images de grands prématurés visités en réa je me retourne encore et encore dans notre lit.

Je fini par décider vers minuit de m’auto-examiner. Après tout, si mon col est long et ferme cela pourrait me rassurer et me permettre de dormir non?

Erreur.

* à retenir pour la prochaine fois : ne jamais s’auto-examiner *

Mon col me parait moins long et moins dur. Je suis prise de panique.

Blaise se réveille, je lui explique en pleurant. Il a cette réaction où il essaye de me rassurer tout en étant une boule de nerf et si pris d’angoisse qu’il bondit partout et que j’ai l’impression de devoir le rassurer moi.

Nous appelons la sage-femme en plein milieu de la nuit. Après tout c’est le principe du suivi global et de la maison de naissance et elle m’avait dis que je pouvais le faire.

Je sens au son de sa voix que je la réveille mais elle est tout de suite éveillée et adorable. Elle m’écoute, me rassure, me dis que j’en fais trop au travail, de ne pas y aller demain et qu’elle s’arrangera pour m’examiner.

Je dois donner une présentation dans le service tôt ce matin là, je voudrais bien ne pas la rater.

Je fini par dormir quelques heures et je retourne à l’hôpital, je ne tiens de toute façon plus en place chez moi, j’arrive avec une demi-heure d’avance dans un hôpital endormi.

Hyper logique la fille, on lui dit de ne pas aller travailler et de se reposer et non seulement elle y va mais elle y va 30min plus tôt que d’habitude….

Je ne suis pas dans mon état psychologique normal, je sens que je vais craquer.

Je bâcle ma présentation, je sens que je suis mauvaise, que je suis au bord de la crise de nerf.

Je contracte toujours.

La présentation finie je fond en larme dans le service, je n’arrive plus à rien maîtriser et je leur dis que je rentre, que je dois voir ma sage-femme, que ça ne va pas.

Je file à la maison de naissance où une autre sage-femme m’examine : le col n’est pas très modifié, je ne vais pas accoucher maintenant à 24SA+2 et je dois surtout me reposer.

Elle me propose de me mettre en arrêt, je refuse pour le moment.

Me voilà de retour chez moi épuisée mais rassurée.

Chocolat chaud/Maison des maternelles/Sieste

Les contractions diminuent.

La crise semble être passée.

Que faire maintenant? Selon la sage-femme c’est un signe de mon corps que j’en fais trop et que cela ne peut pas continuer comme ça.

Je n’ai pas envie d’être arrêtée, je veux continuer à travailler.

Elle est assez pessimiste sur ce fait, pour continuer à travailler il faudrait arriver à aménager mes horaires de travail et ma charge dans le service, mais à l’hôpital cela ne fonctionne pas comme ça, il est très difficile d’avoir un rythme différent de ses collègues. On est éduqué à en faire toujours plus et je me retrouve dans une situation ou je devrais m’imposer de faire moins que ce que je peux faire, de moins m’investir, de faire moins que le reste du service.

Je vais essayer mais elle me dit que selon elle c’est presque impossible et que cela se fini toujours en arrêt faute d’arriver à aménager…

Affaire à suivre !

En attendant notre petite est toujours au chaud, fait des bons et je suis si rassurée de la savoir en bonne santé.

Je crois que je peux faire une croix sur la

grossesse sereine, je ne peux pas m’empêcher de compter chaque semaine comme une semaine de gagnée sur la prématurité et chaque écho comme une victoire sur de possibles malformations.

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Cette petite bosse

J’ai repris le chemin de l’Hopital en temps plein

Les journées de 11h sont dures à tenir et je passe mes après-midi sous une chape de plomb de fatigue

Je vois tous les jours des grossesses qui tournent à la catastrophe.

Je vois tous les jours des petits qui vont très mal.

Parfois il nous est impossible de donner une réponse exacte aux parents.

Le doute est insupportable.

J’accompagne des couples dans des décisions qui pèseront sur leur cœur toute leur vie.

Et le mien se sert à chaque fois en pensant a toi.

Je prend leur détresse de plein fouet.

Et pourtant j’aime tellement ce que je fais.

J’essaye de te protéger et de me protéger de ce que je vis à l’hôpital en ne faisant pas d’échographie en plus.

Je me débat pour te laisser en dehors de tout ca, pour ne pas nous identifier, pour ne pas surmédicaliser, pour ne pas paniquer.

Parfois je doute.

Ne devrais-je pas au contraire utiliser toutes les techniques qui sont au bout de mes doigts pour m’assurer que tu va bien ? Ai-je raison de me lancer dans un accouchement peu médicalisé où est ce que je te fais perdre des chances ? Est-ce que je risque de m’en vouloir toute ma vie?

Tes petits coups me font déconnecter quelques minutes de mon travail et de mes pensées.

Quand il me prend dans ses bras je ressens cette petite bosse entre nous.

Cette petite bosse qui signifie tellement. Cette petite bosse qui multiplie nos sentiments.

Mon cœur se gonfle.

Est-ce possible d’aimer autant ?

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Le temps fut long

Le temps fut long et chargé d’angoisse

Voilà plus d’un mois que je n’ai pas écrit.

Un mois maussade, une boule de nerf surfant avec l’ennui.

Un mois où j’aurais eu le temps de faire beaucoup de chose dans ma liste « des choses que j’aimerai faire le jour où j’aurai du temps » mais où, paralysée je n’ai pu que regarder netflix et le ciel depuis mon lit.

Un mois à vivre au jour le jour, chaque jour étant gagné sur le temps qui nous sépare du soulagement .

Puis ce jour qui paraissait si loin est arrivé.

Vendredi dernier nous avions rendez-vous avec ma professeur d’échographie pour une écho T1.

Nous sommes arrivés 1h avant et nous avons déambulés dans les jardins empreint de la légèreté de personnes vivant un instant qu’ils n’auraient jamais pensé avoir le droit de vivre et de l’angoisse dû au sentiment d’imposture.

L’échographie s’est bien passé, notre petite merveille (puisqu’il semble que ce soit une petite même si cela n’est pas encore confirmé à 100%) gigote et se porte bien, le décollement s’est résorbé, tout est normal.

Blaise m’a regardé pendant l’échographie avec des yeux mouillés.

Je n’ai pas pleuré, ayant du mal à réaliser que ce qui se passait sur l’écran était en moi tant cette situation d’échographie et encore plus avec ce professeur est banale pour moi.

Ce n’est qu’en sortant, après avoir laissé sur place ma carapace de médecin que les vannes se sont lâchées.

Je suis enceinte.

Nous attendons un petit bébé. Et il va bien.

Tout ça me semble si irréel.

Nous avons commencé à l’annoncer aux proches, Blaise est si fier qu’il me fait réaliser le chemin parcouru. Je suis heureuse, bien-sûr, mais j’ai encore du mal à quitter ma réserve.

La nausée qui accompagne ces annonces qui devraient être des moments heureux me semble antinomique. Je vois bien que mon ventre s’arrondit même si je suis la seule à le voir, je sens une petite pesanteur et les nausées me rappellent que quelque chose se trame mais comment réaliser que dans quelques mois, si tout va bien nous aurons près de nous ce bébé si désiré ?

Comment réaliser que je vais être maman après ces derniers mois si compliqués ?

Notre chance me semble scandaleuse.

En l’annonçant à une amie j’ai vu un voile passer quelques secondes devant ses yeux. J’ai su. Je l’ai pris à part et je lui ai expliqué notre parcours et j’ai pu voir en elle un si grand soulagement. Elle est célibataire mais ne se remet toujours pas du départ de « l’amour de sa vie » 3 ans plus tôt alors qu’ils étaient en pleine exploration d’infertilité. Cet homme a osé lui dire qu’il était parti car il n’aurait pas supporter un parcours de PMA du à son syndrome des ovaires polykystiques. Depuis elle porte ce syndrome comme une maladie honteuse, en ayant l’impression de cacher un vice de fabrication à tout homme s’intéressant à elle. J’ai essayé de la rassurer à la fois sur l’amour véritable qui passe au-delà de ces difficultés de fertilité et sur ce syndrome qui ne l’empêchera pas d’avoir des enfants. Elle m’a écrit plus tard pour me remercier de lui avoir dit. Mais je ne peux m’empecher de me demander si lors de nos annonces il n’y a pas un autre voile que je ne détecte pas.

J’ai décidé d’accoucher en maison de naissance. Je veux avoir une rencontre la plus naturelle possible avec cet enfant et j’apprécie de n’avoir qu’un seul interlocuteur. La sage-femme qui va me suivre sera normalement celle qui m’accouchera, sans péridurale et dans une chambre ordinaire bien que rattachée à une maternité. Nous pourrons également rentrer à la maison quelques heures après l’accouchement et elle viendra nous rendre visite pour les soins.

Blaise a scruté lors de la visite tous les recoins et les transferts possibles, après une analyse médicale de la situation il a donné son accord. Le contact direct avec une maternité de niveau 3 et le fait d’avoir quelqu’un de confiance que l’on peut appeler à n’importe quel moment ont fini par avoir raison de son scepticisme du « sans péridurale».

Le nid semble sécure.

J’ai pu arrêter vendredi les piqures de progestérone et les patch d’œstrogène, il me tarde de pouvoir arrêter les 6 ovules de progestan. Plus que 2 semaines.

Je ne vous remercierai jamais assez pour vos messages durant cet été, je n’ai pas répondu à tous mais chacun a contribué à me faire tenir.

Nous voilà dans le train.

Je penses à vous.